09/01/2008

Extrait d'une lettre d'un jeune révolté adressée à sa Majesté

Votre Majesté

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 "Je suis un étudiant de 22 ans et si je vous écris c'est que mon coeur est plein de tristes pensées qui sont réalité.   J'aimerais, sans prétention, par l'intermédiaire des yeux d'un certain nombre de jeunes vous présentez le plat froid, indigeste, qu'est le monde d'aujourd'hui. 
Sans vouloir paraître pessimiste, je désirerais vous alarmer sur des réalités, des mentalités, qui tous les jours me blessent au plus profond de moi-même.  Je vais vous ouvrir mon coeur  en espérant que vous puissiez m'écouter. Peut-être serais-je parfois extravagant, vague ou mal informé. C'est fort possible mais par cette lettre j'espère toucher l'homme qui est en vous en sachant que vous êtes notre Roi.
Je n'ai pas la prétention de pouvoir expliquer la réalité mais pour exprimer ce qui n'a point de moralité, la vie ne donne pas toujours le soulagement du style.
Le monde est beau, était beau, pourrait être beau; le monde est triste.  Je crois voir peut-être pourquoi c'est l'hiver dans une partie de mon coeur; pourquoi le dynamisme est une notion qui disparaît. 
C'est un monde où on oublie les oubliés, où l'Eglise, la Mort, l'Argent surtout lui et l'Injustice sont de connivence et complices. 
Petit, tu resteras petit; Grand, tu domineras et oppresseras, que tu vives en dictature ou en démocratie.  Ce qui les différencie est la subtilité. 
Petit, tu veux changer le Grand; Petit on t'écrasera, le monde est ainsi conçu. 
Ce sont bien souvent les pauvres d'esprit qui dirigent ce monde et les riches d'esprit ont juste le temps de respirer.  L'Argent pourrit la société; il asservit l'Homme et le noie dans ses illusions, dans ses rêves parfois.  Tu n'auras rien sans rien me dit-on :  nous sommes donc tous dès le départ, amenés à nous faire des ennemis, mais où est l'Homme ?  Où est Dieu ? 
L'Homme est loin, Dieu est à côté de nous.  Tu seras soldat avant d'être Homme, tu mourras peut-être; tu survivras si d'autres meurent pour toi, alors remercies la chance unique qui t'a été offerte par celui qui est avant que tu sois.  A jamais tu seras marqué, à jamais la vie t'aura pris. 
Pourquoi tant de haine ?  Quel monde ! Quelle société m'a vu naître ! Devrais-je exister ?  Oui  bien sûr,  la vie m'a pris.  Mais pourquoi m'a-t-elle pris ?  Pour lui permettre d'apporter à ce monde tout ce qu'il faut pour qu'elle puisse continuer son oeuvre. 
Je suis faible, je ne suis pas ce que je voudrais être, je suis un compromis; une machine infernale s'est emparée de ma tête; mon âme est flétrie...  Pour moi la vie est extraordinaire mais je suis confronté, déchiré dans mon amour-propre par la réalité quotidienne, la bêtise humaine, tellement destructrice.
Des pensées, des idéaux meurent, des vies s'éteignent, des chemins disparaissent.  Il ne reste bien souvent que ruines et on tente,  l'Homme tente de reconstruire avec des matériaux pourris, un monde qui crie à l'injustice, à la faim, à la guerre... et tant, tellement de choses qui feront peut-être penser à la nature humaine, j'en ai peur, très peur... 
Le manque d'idées, le refus de voir la réalité, la vérité, en face : fermer les yeux, là, où il n'y a pas une quelconque manière de se remplir les poches.  Si action il y a, action tu mourras...  La vie a un goût de sang, de violence, de honte, d'injustice, et moi j'ai une soif de me révolter, de tolérance, de justice; j'aimerais tellement faire tout ce qui est possible pour que notre monde soit meilleur.  J'ai l'impression que l'hypocrisie a atteint son paroxysme et que la confiance n'est plus de ce monde.

Des pauvres ont souffert, souffrent encore et souffriront encore et toujours plus fort.  C'est de la tristesse et de la honte qui habitent mon coeur.  Que dire de tous ces pauvres agonisants, super médiatisés, qui mourront quand même parce qu'ils n'ont rien à donner en échange de la vie.  L'Homme ferme les yeux car même ouverts, Il ne veut rien voir. 
On nous dit être évolué mais c'est de la fabulation: même avec la charte des droits de l'Homme, on pratique encore l'esclavage, la torture, la féodalité, le troc...  La charte des  droits de l'Homme, laissez-moi rire, beau papier n'est ce pas ? Chacun en fait quand même à sa guise soit en public dans certaines sociétés, soit derrière une justice injuste, chez nous, les évolués.  Alors que faire ?  Que puis-je faire, enfermé dans ce carcan structurel de notre belle société minée par la corruption. 
Je me révolte, voilà où le jeune d'aujourd'hui en est arrivé, il se révolte.Contre qui ?  Contre quoi ?  Je me révolte contre les politiciens qui tiennent dans ce pays des statuts privilégiés et antidémocratiques qui poussent jusqu'à l'insolence : je crie haut l'injustice! Je suis dégoûté, dégoûté des disputes intercommunautaires, je suis au comble de la honte quand je vois les parlementaires gaspiller leur temps en propos sectaires et racistes.  Les politiciens ne sont point des représentants du peuple mais d'une idée  qu'ils estiment eux primordiale et mutante.  Je ne vois plus aucune unité  politique concrète qui puisse apporter quelque chose au monde de demain. 
La montée exponentielle de l'extrême droite révèle la véritable division du monde en cette fin de siècle : il y a les pauvres et les riches d'esprit.  La politique se résume en une rivalité entre partis qui tentent à se prouver à eux-mêmes qu'ils sont seuls artisans de l' Idée.  Mais laquelle ?  L'Etat est devenu une entreprise gérée par des fonctionnaires qui font fortune.  Les politiciens font de la politique tandis que le peuple cherche quelque chose qui ne soit point politique. Mais quoi?
Ce qui fait défaut au sein de la classe politique, c'est la prise d'initiative pour aider autrui.  Triste monde qu'est le mien.  La société me demande toujours plus, toujours plus longtemps.  Pour lui être utile, il s'agit de la comprendre et d'accepter ce qu'elle veut bien donner.  Et si vous voulez aider l'autre, il faut s'accrocher, il faut se torturer, il faut mourir.
Il n'est pas simple aujourd'hui,  pour un jeune,  de s'adapter au monde dans lequel il est plongé.  Dans notre société, il y a ceux qui créent les problèmes, ceux qui les déplacent ou qui les exportent, ceux qui en profitent, ceux qui en meurent, ceux qui disent beaucoup et qui ne font rien, ceux qui font et pour qui on ne veut rien dire. Mais quand va-t-on bien vouloir regarder la vie à sa juste valeur ? Puis, il y a cette politique du rendement dépendante de l'argent qui se traduit par le chômage et qui vient s'ajouter au dégoût de la jeunesse.
Il me faut faire partie de l'élite si je veux être sûr d'apporter quelque chose de concret à cette société qui ne veut pas de moi.  Il faut que je fasse mes preuves sans quoi, je ne suis qu'un fardeau de plus, un mouton dans le troupeau qui bêle quand on le lui demande.  Quand le dialogue  fait défaut, l 'Homme ne comprend plus que par la violence.  
Le monde actuel prépare une jeunesse dure, intransigeante et matérialiste. Les vertus se perdent. La formation des jeunes omet l'Ecole de la vie...."

Un jeune révolté

23:41 Écrit par Soif de Savoir dans Libérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : revolte, argent, violence, haine, politicien, politique |  Facebook |

Commentaires

Très beau texte Je viens faire un petit tour sur votre blog et ce texte m'interpelle car il reflète ce qu'une grande partie de la population, jeunes et moins jeunes, ressent à l'heure actuelle.
Il nous faut pourtant espérer et oeuvrer tous ensemble pour un monde meilleur.

Écrit par : Sylviane Mergelsberg | 11/01/2008

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